Partager l'article ! ROKIA A L'OLYMPIA: ENTRETIEN Victoire de la musique" depuis le 28 f ...
ENTRETIEN
Victoire de la musique" depuis le 28 février dans la catégorie "musique du monde", la chanteuse malienne sera mardi 19 mai à l'Olympia. Elle y interprétera son quatrième album, Tchamantché, sorti il y a un an. Lovée dans la musique dès qu'elle entre en scène, elle est directe et sérieuse à la ville, bondissant sur les sujets d'actualité.
Vous êtes malienne, vous chantez en bambara vos propres textes, mais aussi en français ou en anglais. A quel genre appartenez-vous ?
Je ne suis pas une chanteuse de musique traditionnelle. Je me dois d'intervenir sur les sujets d'actualité, c'est sûr. Mais je me fais une conception très libre et très moderne de la scène. Avec mon dernier album, Tchamantché, j'ai changé de voie. Je voulais rompre avec le folk, mais pour autant, je ne suis à proprement parler, ni rock ni jazz. Mais ma musique en relève sans doute.
D'où vous vient-elle ? De l'enfance ? De votre éducation ? De votre famille ?
Pas du tout : mon père était diplomate. Il est de cette génération qui a cru passionnément, politiquement, à l'Afrique. Il a fait ses études en Union soviétique et rêvait pour moi de grandes études. Donc, à Bruxelles, j'ai travaillé les sciences sociales et l'anthropologie. La musique m'a rattrapée. Il faut dire aussi qu'il m'avait offert ma première guitare, il jouait du saxophone, on écoutait ensemble toutes les musiques possibles. Au lycée, je me suis mêlée de groupes de rap, mais c'est en retournant au Mali que tout a commencé.
Votre père a bien accepté ce retour au pays natal ?
Au début, il l'a vécu comme une régression, mais j'avais la musique dans la tête. Et nos visions, y compris les visions de la musique, divergeaient. Instrumentalement, je tiens à certains sons traditionnels, mais je suis très cérébrale.
Pour vous, le retour a été facile ?
Pas vraiment. Car, en contrepartie, je devais me débrouiller. Ce qui m'a conduite à exercer toutes sortes de petits métiers, mais aussi à apprendre la vie de la femme africaine : je sais tresser, faire la lessive, piler le mil, couper du bois. La première année n'a pas été particulièrement facile, mais sinon, je n'aurais pu revenir au pays.
C'est cela qui vous a rendu si intransigeante ?
Peut-être, mais j'y ai gagné la reconnaissance de mon père. Je ne suis pas simple. La musique m'a permis de me faire accepter avec mes contradictions. J'ai la prétention d'ouvrir de nouvelles pistes. Je fais partie d'une génération qui représente un nouveau virage de l'Afrique.
Ce qu'on appelle la world music ?
Non, c'est trop réducteur. La forme m'intéresse, évidemment, mais elle s'assortit d'un formatage des publics qui me gêne. Ce que j'aime, c'est travailler avec un groupe, les amener à un certain point. Je ne peux pas travailler avec des remplaçants. J'ai besoin, en tant que chanteuse, de musiciens qui ne savent pas tout. En retour, cela m'oblige à fond. On peut avoir des conflits de travail. Mais jamais en scène. La scène, c'est sacré. Je tiens la tolérance comme religion suprême. En douze ans, aucun de mes musiciens n'est resté en France, et croyez-moi, j'en suis fière. L'immigration n'est pas une solution pour l'Afrique.
Vous avez connu le racisme ? Bien sûr, comme tout le monde, mais ça me fait rire. Aujourd'hui, les racistes ont quand même beaucoup moins d'excuses. Dans un bus, il y a peu, j'ai entendu : "Ça sent le Nègre, par ici." Franchement, j'ai trouvé ça d'un ringard... En fait, je suis entièrement malienne et totalement européenne. Je n'incarne pas je ne sais quel passé immémorial ni ne réalise un mélange inédit. Je suis la modernité.
Jonathan : paris le 16 mai
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